
Écrire, c’est guérir?
Inutile de mettre la date. Une pulsion, écrire. Y a longtemps que le besoin n’a pas surgi. Non qu’il n’y ait pas eu des tempêtes intérieures, mais pas envie de les déposer. Parce qu’écrire, c’est aussi matérialiser et que j’en ai eu marre de déposer et rendre réel mon mal être, mes peurs, mes incompréhensions. Je vais y revenir…
Aujourd’hui, je prends conscience que je suis épuisée. Lasse de bouger, de ne pas avoir un chez- moi. Comment font les globe-trotters pour être heureux ? Non, ce n’est pas la bonne question ! Partir, bouger, être itinérante, j’adore et je suis heureuse. C’est le retour qui est difficile quand la base n’est pas solide et c’est exactement ce que j’ai expérimenté et qui m’a nourrie et fait prendre conscience de mon besoin de stabilité. Dans 10 jours, j’achète ma maison et mon grand projet de créer un lieu d’accueil pour des parenthèses de ressourcement va naître. Je redeviens propriétaire d’une bâtisse pas si grande mais avec beaucoup de travaux pour aboutir à accueillir les personnes qui auront besoin de danser, souffler, s’arrêter, rire et partager. Un nouveau livre de ma vie va s’ouvrir. Il est en gestation depuis longtemps, j’ai vendu, j’ai cherché le lieu idéal et je vais lui donner vie. Le temps d’une gestation. Accoucher d’un lieu et probablement de moi ! Encore !
Entre temps, je me suis formée à l’écoute émotionnelle, pour moi, pour les autres, j’ai écouté ma peur de prendre soin de moi, des autres, peur d’être responsable et de me tromper !
Les mots ! Le voilà le poids ! Le besoin viscéral de mettre un nom sur ce que je fais alors que faire est un bonheur… Parce qu’animer, transmettre, expérimenter, j’adore et je le fais bien. C’est dans mon ADN, ahahahaha ! Mais quel nom mettre dessus ? Quelle étiquette rigide et sclérosée ? Quelle est cette injonction qui contraint à délimiter, à préciser ? C’est celle de la communication efficace nécessaire pour justifier de revenus, de prêt, pour croire que c’est ça exister. Il est de bon ton de rationaliser, d’être capable de définir avec le plus de précisions possibles. D’un côté du lien, il est difficile de se présenter sans étiquette et de l’autre côté, il est difficile d’expérimenter sans savoir qui est en face : quelles sont ses références ?
Bref. Plus je me contorsionne pour rendre synthétique, précis ce que je propose, plus je me fatigue, m’éloigne de la joie. Mettre en mots, en forme pour me vendre et me rendre intéressante…
Ecrire, ça laisse une trace indélébile. Ça fixe et je ne veux pas m’enfermer. Je veux virevolter d’une chose à l’autre, expérimenter et montrer que c’est possible. Juste montrer, sans dire à l’autre quoi faire ? Je fais et si tu veux, tu prends, tu bidouilles à ta sauce pour t’émanciper de tes peurs, de tes freins… Je refuse de dire à l’autre ce qu’il doit faire, penser, je ne sais pas mieux que lui mais je peux lui montrer que je l’ai fait. Voilà ! Faire, pour montrer que c’est possible. Conscience et autonomie.
Finalement merci ! Merci l’écriture de me permettre de dérouler ma pensée et de me rappeler à quel point le nom de mon métier est juste : Facilitatrice de possibles !
Pas thérapeute, pas prof de clown… Non ! Facilitatrice de possibles, pour moi, d’abord et pour les autres, en effet boomerang !
Alors, oui, je peux écrire pour raconter mes explorations intérieures et poursuivre ce chemin de possibles.
J’y reviens (je l’avais annoncé, tu te souviens ?) : il y a 2 ans, je suis arrivée chez ma thérapeute- sophrologue avec un cahier noir et je lui ai parlé de ce que j’écrivais dedans depuis quelques mois. La dernière page était pleine de mots épouvantables sur moi : je m’y décrivais comme un monstre, une inadaptée, une folle … C’est elle qui m’a expliqué combien les mots comptaient et qu’ils ancraient dans la réalité la manière avec laquelle je me voyais. Jamais je n’aurais parlé d’une amie en ces termes, j’aurais même été alertée sur son mal être profond et j’aurais réagi. En déversant sans recul tous ces mots ineptes sur moi, c’est comme si j’avais vomi tout mon venin sur moi, en vase clos, et que je m’y noyais. J’ai envie de croire que ma capacité à me raconter (par moment !) m’a sauvée car à l’issue de cette séance, j’ai oublié mon cahier sur le canapé. Je suis malgré tout repartie avec en m’engageant à le brûler au plus tôt. Je l’ai brûlé ! Pourquoi garder ce qui blesse, ce qui diminue, ce qui abîme ?
A l’aube du renouveau, je suis épuisée par l’itinérance, les remises en question, les leçons apprises. Je sens aussi que le retour de l’écriture, c’est aussi un clin d’œil magnifique à cette sagesse acquise au gré de la solitude, des marches sous la pluie, des kilomètres avalés seule au volant, qui me montre les tiraillements entre repos et acharnement à faire, entre vivre la joie et rendre compte de ce que je fais, parce que c’est ça la vie, l’ambivalence ! L’oscillement magique entre tout et son contraire, vivre tout et cheminer…
